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Colloque international, 25-26 mars 2013 > Présentation du colloque

Argumentaire scientifique

La question posée par ce colloque est celle des territoires vécus par les professionnels et les usagers de l’intervention sociale, dans le contexte de changements politiques et institutionnels observés sur tous les continents.
L’intervention sociale est entendue ici dans un sens large qui englobe les politiques, les institutions et les pratiques professionnelles ou bénévoles, en relation avec les usagers, afin de répondre aux « problèmes sociaux » tels que les identifie une société donnée. Quant au territoire il doit être compris dans sa dimension géographique, spatiale, en tenant compte de la diversité de ses échelles et des cadres de vie, support des territoires vécus.
Le territoire s’est imposé comme un enjeu majeur des mutations de l’intervention sociale depuis plus de deux décennies, conformément au double objectif affiché des politiques de développer des réponses de proximité adaptées aux besoins des usagers et de réduire les poches de pauvreté concentrées sur certains espaces.

Dans les années 1980, un mouvement de décentralisation a organisé en Europe un transfert des compétences d’aide sociale aux collectivités territoriales. En parallèle, la politique de la ville, le développement social urbain ou rural ont poursuivi l’objectif de territorialisation de l’action publique. Débordé par les « nouveaux métiers de la ville », le champ professionnel du travail social a aussi été modifié en son cœur par l’entrée de la question territoriale dans les programmes de formation et les pratiques des professions « traditionnelles ». Dans Le travail social à l’épreuve du territoire, Jacques Ion s’interrogeait sur l’émergence d’un nouveau modèle d’intervention sociale, qu’il observait à travers la mise en place de dispositifs d’insertion ou d’éducation prioritaire, visant moins des populations cibles ou des individus isolés que des territoires (1990). Au Québec, ce nouveau contexte a favorisé l’extension des pratiques d’intervention collective dites de « développement local », caractérisées par la concertation et le partenariat, visant à mobiliser les acteurs locaux autour d’enjeux sur leur territoire. Cette évolution a posé des défis importants en termes d’ajustement entre les secteurs public, marchand et tiers secteur et participe à redéfinir l’intervention de l’État en faveur d’une co-construction de ses politiques publiques.

Plus de vingt ans après, dans les années 2010, comment se présente pour l’intervention sociale, l’enjeu territorial ? Et puisque le territoire porte un double mouvement à la fois indissociable et contradictoire, entre globalisation et relocalisation, ne faudrait-il pas parler plutôt d’incertitude territoriale ? Pour répondre, ce colloque propose d’interroger les territoires vécus à la fois du point de vue des professionnels, des usagers et des systèmes d’acteurs locaux.

1er axe : Des territoires de décision aux territoires vécus de l’intervention sociale. Les professionnels face à la dé-territorialisation ?

L’échelon territorial des politiques est aujourd’hui incertain, entre mondialisation, montée en puissance des organisations supra étatiques, comme l’Europe, transformation des États sociaux, et poids croissant d’une responsabilité locale. Et alors que la question n’a pas été tranchée de savoir si les politiques publiques sont territoriales (c’est-à-dire, avec un ou des acteurs politiques relativement autonomes, autres que l’État) ou territorialisées (donc, fixées au niveau central, et adaptées au territoire pour des raisons de tournant néolibéral et de nouveau management public), l’éventualité d’un retour de balancier vers une re-centralisation, et une dé-territorialisation interroge et bouscule le monde de l’intervention sociale. Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur la manière dont les territoires politiques et institutionnels s’articulent avec les territoires vécus, objectivement appropriés et (ou) subjectivement investis par les professionnels et les bénévoles. Le territoire est-il vraiment devenu l’objet de leur intervention, dans quelle mesure et en quel sens ? L’intervention sociale revêt-elle des formes, des objectifs différents selon les territoires ?
Pour analyser ces enjeux, les communications proposées pourront porter sur la répartition des offres de services, des distances, circulations et mobilités ; sur les partenariats mis en œuvre, les modes d’organisation et les pratiques des professionnels à propos de leurs territoires d’action ; ainsi que sur la mise en œuvre des impératifs de proximité et d’écoute, sur les contenus des formations...

2ème axe : L’intervention sociale dans les territoires. Des inégalités d’accès et de prise en charge pour les usagers aux territoires ressources.

 
À côté et en lien avec les professionnels, comment les bénéficiaires de prestations sociales, les usagers des équipements de proximité, des services à domicile ou encore, les habitants de quartiers sensibles se représentent-ils l’enjeu territorial et comment le vivent-ils dans leur pratique quotidienne de l’intervention sociale ?
Pour les usagers (individus isolés, familles), la diversité des expériences territoriales de l’intervention sociale, la difficile lisibilité de l’offre de service dans les territoires et aussi, les inégalités de prise en charge et d’accès aux services sociaux, sont autant d’angles d’analyse permettant d’éclairer les territoires vécus. L’approche par les usagers cependant ne saurait être uniquement en termes de manques ou de difficultés. La question des espaces (quartiers) ressources, des réseaux et des relations interpersonnelles est donc complémentaire pour saisir ce que sont les territoires vécus et pourquoi ils sont revendiqués par leurs habitants en dépit, ou peut-être à cause du « stigmate du quartier ». Quels sont les territoires ressources qu’ils mobilisent, avec quelles perspectives ? Comment arbitrent-ils entre les aspirations au développement du territoire et les ambitions individuelles à le quitter ?

3ème axe : L’intervention sociale sur les territoires. Des systèmes d’acteurs locaux aux enjeux de la démocratie locale

Le projet politique transforme depuis plusieurs dizaines d’années les compromis de l’après-guerre, interrogeant les effets de la « territorialisation néolibérale ». De quelle manière les systèmes locaux d’acteurs traduisent-ils ce projet au sein de leurs territoires d’action ? Quels sont les modes de gouvernance locale et, quelles sont les marges de manœuvres des acteurs locaux ? Si l’on suit le débat nord-américain actuel, l’action publique devrait aider les personnes pauvres et non les territoires pauvres. Qu’en est-il alors de l’idée d’un nouveau modèle d’intervention axé sur le territoire ? Ces questions invitent à tenir compte aussi des traditions historiques et des rapports que des territoires entretiennent avec la protection sociale, et les politiques d’aide et d’action sociales.
Depuis la fin des années 70, les politiques sociales favorisent également des initiatives en faveur de la participation des habitants. Il convient d’interroger les usages politiques de ces discours. L’interrogation sur le rôle de la démocratie locale, participative (ou de la contre-démocratie) dans le rapport aux territoires introduit aux liens complexes entre les ambitions de « pouvoir local » d’une part, les idéaux démocratiques affichés par la politique de la ville en France, aux États-Unis, ou dans les organismes communautaires au Québec, dans les associations en Belgique… Elle invite aussi à poser la question du vécu des valeurs et de l’engagement militant sur le territoire.

Dernière mise à jour de cette page : 21 décembre 2012


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